Après avoir enflammé les coins et recoins de Lomé (Togo), Toofan s’exporte vers les capitales africaines, et depuis quelque temps sur l’Europe et les États-Unis. Le duo enchaîne récompenses et tournées, et tend à devenir… un phénomène.

L’aventure du groupe a commencé à Tokoin Séminaire, (un quartier populaire de la capitale) en 2005. Après trois albums à succès, Toofan cartonne et se hisse dans les charts internationaux. De Cotonou à Libreville en passant par Bamako, Dakar et Abidjan, Barabas et Master Just sont en train de conquérir le marché ouest-africain francophone. Ils enchantent et enchaînent les tubes. Leur style, « Ogbragada », un mélange de rap et d’ambiance, assaisonné d’un zeste d’humour, et le tour est joué.

Le duo est lancé sur orbite avec l’album « Obragada 2006 » dédié à l’équipe nationale de football qualifiée pour la Coupe du monde en Allemagne. « Nous sommes de grands fans de foot. L’idée nous est alors venue de créer un morceau pour notre équipe nationale », raconte Barabas. De là, va naître le mouvement « Ogbragada », qui signifie « être en forme ». Le groupe d’alors composé de trois membres (Master Just, Barabas et All One), s’est finalement réduit aux deux premiers. All One, lors d’un voyage en Allemagne en juin 2006, aux côtés des « Éperviers », l’équipe nationale de football du Togo, y a décidé de poursuivre ses études.

C’est donc à deux qu’ils réalisent deux nouveaux albums « Confirmation » et « Carte de visite » qui sera celui de la consécration. « Ce n’est que le début du commencement », aime bien dire Barabas. Dans leurs chansons, Blaise Mensah (alias Barabas) et Fantohou Kossivi (dit Masta Just) prônent espoir et bonne humeur.

Été 2009, « Déloger », extrait de leur dernier album arrive sur les ondes, fait un gros à Abidjan. La chanson était sur toutes les lèvres lors du Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo en Côte d’Ivoire au côté des Magic System. Les Abidjanais sont bluffés. Le duo a commencé à électriser les foules : on a vu des hommes hurler leur nom à Bamako, s’en casser la voix à Cotonou, et des femmes s’évanouir pour eux à Ouagadougou… Le phénomène a pris !

« On a eu un grave problème sur les précédents morceaux dans la mesure où on n’avait pas vraiment un staff solide, rien pour faire la promotion de nos chansons. Donc « Déloger » est juste venu au bon moment parce qu’on avait le vent en poupe, on a eu la production et un peu plus d’imagination. C’est pour ça que le morceau a fait un tabac », explique le groupe.

Sérieux au travail

Mais, derrière ces deux visages amusants aux allures de « home boy », se cachent deux vrais musiciens. Master Just est guitariste, et arrangeur des morceaux. Barabas, le rappeur. Mais ils écrivent leurs chansons ensemble. Ils puisent leur inspiration (et leurs samples) chez les rappeurs et chanteurs africains et internationaux.

A 27 ans, les « enfants du vent », leur surnom, n’aiment pas se la jouer facile. « Nous travaillons huit heures par jour », confie Masta Just. Le duo a grandi à Tokoin Séminaire (centre ville de Lomé), baigné ainsi par l’atmosphère urbaine. Leur passion pour la musique est née dans les semaines culturelles et autres activités récréatives qu’organisaient leurs écoles. Ils ont été les premiers étonnés par leur succès. « On ne s’attendait pas à ça. Et dire qu’on voulait tous deux devenir footballeur », raconte Barabas.

Toofan a été élu meilleur groupe de l’Afrique de l’Ouest à l’issue des trophées « Kundé 2010 », à Ouagadougou, au Burkina-Faso, et leur titre « Cè magik », primé « Meilleure chanson 2011 de l’Afrique de l’Ouest » lors des « Online African Music Awards » qui se sont déroulés le 24 septembre 2011 à New York. « Nous visons loin. Notre rêve serait de décrocher les Koras, les MTV awards et autres », espère le duo, qui malgré leur succès, reste humble, honnête et les pieds sur terre. « Ils ne ratent aucune occasion de jouer au foot avec nous quand ils ont un peu de temps », témoigne Richou Kingston, un ami du groupe.

Le phénomène « Cool Catché »

Fidèles à leur philosophie, les Toofan arrivent à chaque fois sur le marché avec une nouvelle danse. Et la dernière en date est en passe de devenir un phénomène de société : le cool catché.

« Les gens ont tendance à confondre « Ogbragada » et le « Cool Catché » ». Il faut que ça soit clair. Ogbragada n’est pas mort ; il vit, c’est un style de musique que nous avons crée, et le « Cool Catché » est une danse qui accompagne le mouvement « Ogbragada » tout comme le  » Konè konè », le « Boom samara » et le « Konaré » », tient à préciser Barabas.

De fait, il ne se passe un jour où vous ne verrez les jeunes togolais arpenter les rues de la capitale, ou sur les « Zémidjans » en T-shirt, culotte ou pantalon au trois-quart avec chaussures de sport. Et ce n’est pas tout. Le phénomène est plus visible avec les sacs à dos, et des écouteurs collés aux oreilles des « Cool Catcheurs » qui savourent le beat, en secouant énergiquement la tête. Même Zeynab du Bénin et Logobi GT (groupe français d’origine africaine) entres autres, n’hésitent pas à esquisser quelques pas de cette danse lors de leurs concerts.

«C’est avant tout une philosophie. Mais c’est aussi un truc banal qu’on dit tout le temps. Lorsque vous vous rencontrer vos potes et vous, vous faites les salutations. A chaque fois, on se dit que « c’est cool » avant de vous relater ses problèmes personnels. C’est de ce constat qu’on est parti pour créer le « Cool Catché », explique Masta Just.

Depuis Septembre 2011, « Apéro » et « Conso », deux singles annonçant « Virus », le quatrième album du groupe inonde les ondes et reste au top des hits Togolais. Le groupe ne se lasse pas. Il compose également « Africa Hoyée » pour la Can 2012.

Ces sonorités de Lomé ne pouvaient qu’emporter les oreilles des teenagers, de Dakar à N’Djaména. Et, de fait, l’africanité semble bien être les préoccupations de nos deux compères, chefs de file emblématiques d’une nouvelle scène togolaise qui menace de submerger les clubs et les scènes du continent dans les années à venir. Qui parie ?