L’ambassadeur d’Allemagne au Togo Joseph Weiss, a dans le cadre de la coopération séculaire qui existe entre son pays et le Togo, initié avec l’école togolaise de cinématographie, ECRAN, une série de projection de films allemands et togolais. Ce rendez-vous du 7e art s’est tenu du lundi 10 mars au dimanche 16 mars 2014 au Foyer des Marins à Lomé. Joseph Weiss parle ici des ambitions à la base de cette initiative.

Merci Mr l’Ambassadeur pour le grand honneur que vous nous faites en étant avec nous ce jour sur tootogo.org. La ministre de la communication, des arts et de la formation civique et vous-même, avez lancé le 10 mars 2014 dans le jardin du Foyer des Marins, une semaine de projection de films togolais et allemands. Voulez-vous nous dire, ce en quoi consiste cette manifestation ?

Nous avons repris la coopération entre l’Allemagne et le Togo, après vingt ans de rupture. C’est-à-dire, on a ouvert un nouveau chapitre dans le domaine du développement. Maintenant, c’est le temps et le moment pour redynamiser d’autres secteurs qui sont aussi importants, comme l’économie mais aussi la culture. Un peuple ne peut pas avoir de respect, s’il n’y a pas une culture qui est respectée et connue. Alors, c’est dans cette perspective d’ouverture et de connaissance du film togolais et allemand que, j’ai décidé de faire ce « cinéma ». Parce que, j’ai senti une grande soif, surtout de la jeunesse de voir autre chose, de s’ouvrir vers l’extérieur. De voir comment font les autres. Et je crois, c’est à travers ces échanges qu’on va ouvrir d’autres possibilités pour des partenariats et aussi pour l’amélioration de la production culturelle.

Et bien, au cours de toute cette semaine, il y a eu des films produits au Togo, des court-métrages, ainsi qui de long-métrages allemands diffusés. Voulez-vous nous dire, excellence, l’essentiel des messages que portent tous ces films aussi bien togolais qu’allemands ?

Il y a certainement plusieurs films avec plusieurs messages, mais je peux vous dire par exemple, le film qu’on a projeté le lundi 10 mars 2014 pour l’inauguration, il s’agit de Kinshasa symphonie, c’est un film où un orchestre symphonique s’installe à Kinshasa. Et le message est le suivant : si tout le monde est d’accord de faire un projet d’une vision commune, malgré toutes les résistances, malgré tous les obstacles, on peut y arriver. On a vu l’enthousiasme de gens qui étaient réunis autour d’un projet, qui a réussi merveilleusement. Je crois par exemple que c’est un message d’espoir pour tous ces gens qui ont des idées et qui ne savent pas comment les réaliser.

Pourquoi avoir délocalisé cette manifestation au Foyer des Marins, alors que nous savons que le Goethe Institut est par excellence, le cadre de l’expression de la coopération culturelle entre le Togo et l’Allemagne ?

Je crois que c’est une bonne idée où il faut aussi quitter le sentier battu. C’est-à-dire, il faut ouvrir la culture à d’autres endroits, et le Foyer des Marins a aussi une signification importante entre le Togo et l’Allemagne. Ce « Foyer » existe depuis plus de cinquante ans, et c’est seulement dans trois villes africaines qu’on peut en trouver. Il a pour mission d’aider les marins dans leur vie quotidienne. Je crois, c’est un bon moment et un bon endroit pour rappeler aussi l’histoire commune de nos pays, et montrer encore une fois aux togolais, toutes les richesses qu’ils ont, en offrant une telle localisation avec un écran, avec l’environnement sympa et avec les gens qui se rencontrent pour développer des idées communes.

Justement dans le sens de la délocalisation, est-ce qu’on peut espérer que dans les temps à venir, d’éventuelles manifestations initiées par votre pays pourront se tenir dans d’autres villes de l’intérieur du pays, Aného, Vogan, Kara, Atakpamé, Sokodé et Dapaong ?

C’est tout à fait faisable. C’est-à-dire, si ça marche ici, pourquoi ça ne pourrait pas marcher ailleurs ? Il y aura à réfléchir après, savoir tirer des leçons de cette semaine ici. Si, on peut le faire ! Mais tout est négociable, tout est envisageable. Et s’il y a un besoin exprimé, on va toujours trouver des moyens pour le satisfaire.

La ministre des arts et de la culture, Madame KOUMEALO Anaté a salué votre amour avéré pour les arts et la culture, et vous-même, excellence avez exprimé la disponibilité de votre pays l’Allemagne à redynamiser le cinéma et la culture avec le Togo. Alors, voulez-vous nous décliner les grands axes que prendrait éventuellement cette redynamisation de la coopération culturelle ?

La chose essentielle, c’est de mettre les artistes en contact avec les gestionnaires des deux cultures. Parce que, en fait, la culture, ce n’est pas seulement un travail de l’Etat, c’est surtout un travail des individus et des gens passionnés de la valeur de la culture. Je crois, ce qui manque, c’est le lien entre les artistes togolais et les artistes allemands. Et mon travail, c’est de mettre ces gens-là ensemble. On a fait venir par exemple d’Allemagne un artiste qui a fait des concerts avec des artistes togolais. On a envoyé des acteurs qui ont travaillé dans des grands théâtres de Berlin. Il y a des théâtres allemands qui forment des metteurs en scène togolais. J’ai fait venir un pianiste qui a donné un excellent concert classique à l’Institut Goethe. Et c’est dans cet optique que je vais essayer de mettre les gens ensemble. Il y aura bientôt par exemple, la Biennale de Berlin. C’est-à-dire un des plus grands festivals de film en Europe. Il n’y a jamais eu depuis dix ans, de participants togolais. Il faut changer cela…

Souvent Excellence, les artistes togolais se plaignent du manque d’infrastructures de l’Etat, du manque de l’accompagnement de l’Etat et d’aucuns commencent déjà par regarder vers vous quand vous parler de redynamisation. Quand on revient à ces court-métrages diffusés durant la manifestation, auriez-vous un message à l’endroit des opérateurs culturels en matière de recherche de financement ?

La chose la plus importante, c’est d’avoir une bonne idée qui capte l’attention. C’est-à-dire, on doit faire quelque chose qui intéresse les gens, qui touchent les gens. Ce sont des émotions, c’est la vie quotidienne, ce sont des histoires qu’on raconte. Et si on a une bonne idée, si c’est un problème qui touche tout le monde, on peut même approcher l’ambassade, mais aussi des privés. Il y a beaucoup de médias ici, pourquoi ne pas réserver une petite somme, par exemple « un » trois cent mille pour faire un tel film. Cela ne coûte pas grand-chose de faire un film de quinze minutes. Il faut commencer petit pour s’aventurer dans des projets plus grands. Mais, je sus sûr que, avec la volonté de tout le monde et avec une conscience d’une élite culturelle, on peut faire beaucoup de choses sans de grands financements.

Excellence, nous allons passer des arts et de la culture au développement en général. Vous venez de le dire que la coopération entre l’Allemagne et le Togo vient d’être reprise totalement. Voulez-vous nous situer, comment se porte cette coopération aujourd’hui entre votre pays l’Allemagne et le Togo ?

Je suis très satisfait du progrès qu’on a fait depuis deux ans. C’est-à-dire en fin 2011, on a repris la coopération après vingt ans de suspension, c’est-à-dire, beaucoup de connaissances sont perdues, mais ce que j’ai remarqué premièrement, c’est le soutien des togolais au niveau de l’administration, mais aussi au niveau de la population, et ça m’a beaucoup touché et rassuré. Et deuxièmement, il y a une volonté très forte de la part de l’Allemagne de redynamiser ces relations séculaires. Et je crois, il ne faut pas oublier notre objectif principal, c’est que, on veut être une coopération de proximité. C’est-à-dire, on veut s’orienter vers les vrais problèmes de la population. Et c’est la raison pour laquelle on n’est pas seulement ici à Lomé, mais aussi à Kpalimé, à Tsévié, à Sokodé. On ne veut pas être une coopération de papier et de stratégie adoptée, mais on veut être une coopération qui implique les gens concernés et qui font des projets qui servent à améliorer les conditions de vie de la population

Excellence, merci et bon vent à la coopération germano-togolaise.

Merci beaucoup